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UN GOSSE DE BEZIERS DEVENU PRINCE DES ARENES

Béziers 15 août 1999. La féria vit une novillada grandiose. Un de ces spectacles dont l’aficionado garde longtemps le souvenir.

En cette matinée de beau soleil, deux jeunes français se livrent, mano a mano, un duel de très haut niveau face aux excellents novillos de Juan Pedro Domecq.
Leur sortie est à la mesure du spectacle fourni, trois oreilles chacun pour un triomphe équitable.
Sans s’en douter encore, ce jour allait préfacer l’histoire du livre écrit par Juan Bautista et Sébastien Castella qui allaient porter la tauromachie de France sur l’autel des grandes cathédrales du monde des toros. Du jamais vu à un pareil niveau jusqu'à présent dans l'hexagone.

Sébastien Castella est un enfant de Béziers, c’est pourtant loin de ses bases qu’il s’est forgé une réputation aujourd'hui mondialement reconnue, en allant s’exiler tout au sud de la vieille Europe, tout là-bas à Séville, ville éternelle où le toro se respire au quotidien.

C’est vrai que dans sa plus tendre enfance Seb joua à l’apprenti torero chez lui à Béziers. Les incontournables « aficionados practicos » du cru, Philippe Gourou et Claude Naquer vont être ses premiers profs. Puis c’est un passage obligé par l’école taurine où, sous les conseils avisés de Richard Millian, il va affermir sa technique.
Au sein de la ganaderia brave de Robert Margé, celui qui le premier détecta ses qualités de torero hors norme, il va toucher ses premiers becerros. Robert deviendra son apoderado, mais surtout un ami, un confident qui va investir temps et argent dans une aventure qui pour beaucoup paraissait incertaine.

Mais la foi permet souvent de déplacer les montagnes et la foi Robert Margé en a à revendre car au fils « del Biterri », il croit dur comme fer.
C’est lui aussi qui va faire prendre conscience à Sébastien de l’intérêt apporté par une vie au plus près de l’animal mythique et sous la tutelle d’un professionnel averti.
A cet instant le frêle novillero décide de s’expatrier sur les rives du Guadalquivir afin de forger cette âme du torero qui sommeille en lui, ce que les professionnels nomment le « gusanillo » ce minuscule ver qui ronge parait-il l’âme des futurs toreros. Une décision pas facile à prendre pour un gosse de 16 ans isolé dans son cocon.
Mais c’est sans connaître le mental du jeune biterrois qui s’était juré de devenir « figura del toreo », prince des arènes, le plus grand de la profession, un maestro respecté, un torero différent des autres.

Une fois installé à Séville, empreint des grands principes de l’art andalou, bien entouré, choyé même, il va gravir doucement les étapes d’une impossible carrière sous la houlette du maestro José Antonio Campuzano qui l’adopta comme le fils torero que jamais il n’aura. Luis Alvarez apoderado respecté sera son directeur de carrière. Le rêve prend forme, l’histoire est en marche, Sébastien entame le chemin tortueux qu'il avait décidé d'emprunter.
Il trace sa route en bravant les interdits, en foulant les terrains du toro, en s’imposant pour devenir différent des autres et apporter un plus à la tauromachie. Pour cela, il
lui faut dominer dans la douceur avec ce placement au fil des cornes, dans ce « sitio » de folie que bien peu de toreros ne peuvent occuper par manque de courage.

Au cours de nuits de pleine lune tout là-bas au fond de son Andalousie d'adoption, quand le sommeil n’arrive plus à estomper ses rêves d’enfant, Sébastien prépare sa revanche sur la vie. Lui, l’enfant timide et introverti des bas quartiers de la cité de Paul Riquet, s’invente une histoire grande et belle, une sorte de romance chantée par la brise légère du va-et-vient imperturbable de sa muleta dominatrice et caressante à la fois.
Il doit imprimer la cadence face à la charge brutale de l’animal, et toujours près des cornes.

Point de chimères Sébastien est un gentil têtu. Cette histoire, il l’a toujours voulu réelle et sa force intérieure lui a dicté de la raconter au grand jour à « las cinco de la tarde » l’heure magique que chantait Garcia Lorca dans son célèbre « llanto » à Sanchez Mejias. Cinq heure du soir l’instant divin ou l’homme se surpasse, s’habille de lumières et marche sur sa peur. L’instant où l'homme devient invincible pour s’imposer et dominer les toros braves. L’instant où il devient Maestro.

Sébastien s’était dit qu’un jour, il serait un torero différent des autres et que pour arriver au sommet de la hiérarchie, il s’en donnerait les moyens au prix d’y jouer jusqu’à sa vie.

En ce 12 août 2010, après dix ans d’alternative, ce rêve fou Sébastien l’a maintenant réalisé. Sa fortune, sa notoriété et par-dessous tout le respect que le monde taurin lui porte, il ne les doit à personne.
Tout cela il l’a payé comptant au prix de coups de corne parfois terribles et de blessures morales bien plus douloureuses que celles qui sont portées par les toros.

Dans cette profession passion, il ne faut jamais oublier qu’avec les triomphes des fins de soirées d’arènes, il y a aussi le doute des jours sans, les mauvais toros, les remises en questions quotidiennes pour rester tout en haut, pour commander et imposer sa loi à ce monde sans scrupule ou l’amitié n’a d’égal que la trahison.

C’est sûrement magique de triompher à Madrid, à Séville ou à Bilbao face aux grands toros et sous les yeux des aficionados les plus sévères. Enivrant encore de sortir par la grande porte des arènes de Bayonne, de Nîmes, de Béziers ou de Mexico. Beau et fantastique d’être sacré meilleur torero du monde par la presse spécialisée. Ce qui paraissait un impossible rêve, le petit gosse timide et sans histoire vient de le réaliser en devenant l’idole de toutes les Espagnes et des Amériques aussi.

Mais Sébastien sait plus que quiconque que malgré les ors, les fastes de l’arène et les acclamations de la foule conquise, la gloire est éphémère. Il connaît la cruelle solitude de l’homme face à son destin ou en tutoyant les cornes, il faut dominer, dominer, dominer encore, dominer aujourd’hui, dominer demain pour être le plus grand et avant tout le rester.

Mais ce qui fait le charme de ce maestro trop souvent insaisissable c’est qu’en plus il a su y mettre la manière en réalisant sa tauromachie lente et précise, cette tauromachie qu’il porte en lui depuis qu’il est né.

Alors, en ce 12 août de l’été biterrois quand, aux côtés du maître Enrique Ponce et de Morante le magicien de la Puebla del Rio, à 18h précises les clarines chanteront l’air du toréador, on peut être certain que 13 000 fidèles unis et le cœur serré vont se souvenir qu’en tout juste dix ans un enfant de biterre s’est hissé par la force de son immense courage sur le trône de la tauromachie mondiale.
DB.

Premier costume.

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